Article illustratif de mon intervention à la 13e journée UNESCO « La douleur de l’enfant, quelles réponses ? » qui s’est tenue à PARIS le 8 décembre 2006 à la Maison de l’UNESCO
Comment motiver sans cesse les équipes soignantes sans être rébarbatif ? Comment faire que le geste de mesurer la douleur chez le patient soit sans cesse renouvelé sans tomber dans la routine afin qu’il conserve toute son efficacité ?
C’est pour répondre à cette problématique que j’ai mené durant plusieurs années ces "campagnes d’affichettes douleur" dans mon service de Réa-Med du CHU Bicêtre jusqu’en 2005 année de mon départ vers Bordeaux.
A partir de 1999, dans le contexte de la nouvelle directive sur la prise en charge de la douleur, en tant que membre du CLUD et référente douleur de mon service
j’ai été amenée à m’impliquer dans cette lutte indispensable jusque là trop souvent négligée
Nous avons alors en équipe décidé de nous doter d’outils adéquats pour nous permettre de progresser dans cette lutte et nous avons mené différentes actions destinées à :
évaluer la douleur en particulier chez le patient non communicant, ce qui a été fait entre autres choses en élaborant puis en utilisant une « échelle comportementale d’évaluation de la douleur chez le patient non communicant », l’échelle VI/CO/MO/RE , en cours de validation sur l’hôpital ;
lutter contre cette douleur avec tous les moyens utiles notamment en améliorant son suivi via les feuilles de soins ;
motiver les équipes pour cette lutte de tous les instants...
... d’où l’idée de ces campagnes d’affichettes destinées à promouvoir cette lutte et relancer sans cesse la participation de chacun des membres des équipes soignantes dans cette démarche.
La prévention routière a souvent évoqué le danger que représente l’habitude de faire trop souvent le même parcours :
l’œil, en alerte lorsqu’il ne connaît pas la route, ne remarque plus rien ; la vigilance, aux aguets quand elle cherche les pièges et les dangers à éviter, s’endort lorsqu’elle connaît - ou croit connaître - le moindre détail de chaque kilomètre et le conducteur, trop confiant, oublie que l’inattendu peut surgir n’importe quand et n’importe où. Qui ne s’est jamais ennuyé de toujours répéter le même geste pour faire le même travail qui pourtant - mais il y a longtemps - nous passionnait tant ? Alors le geste devient moins précis, moins motivé et le résultat en souffre.
C’est évident : la répétition tue l’enthousiasme, l’habitude endort le geste efficace, bref, la routine est l’ennemie du mieux. C’est vrai partout, y compris au sein de nos équipes soignantes.
De ce fait on a pu observer que l’efficacité, résultant de la bonne utilisation des outils mis à notre disposition, a parfois tendance à diminuer avec le temps.
Pourtant, si la vigilance s’endort, la douleur, elle, ne s’endort pas... bien au contraire.
Si on considère de près la phrase « la vigilance s’endort, la douleur, elle, ne s’endort pas » on constate qu’elle est à la fois courte concise et forte. Elle est construite sur une dualité de deux faits opposés : la vigilance s’endort mais pas la douleur. C’est simple mais ça claque comme un coup de fouet.
Or, que faut-il pour tirer quelqu’un d’une douce somnolence ? Un bruit inhabituel fort et court.
C’est ce genre de bruit que nos affichettes doivent tenter de provoquer chez chacun. Par leur présence surprenante dans un service, par leur slogan, fort et court et par un artifice apte à retenir l’attention... ... car un slogan qui n’est pas lu et retenu est un slogan inutile.
Pour faire du bruit et attirer l’attention il y a plusieurs solutions, nous en connaissons bien certaines :
les campagnes de prévention, notamment celles de la prévention routière, ont souvent tenté de choquer pour mieux interpeller chaque conducteur à l’aide d’images fortes et dramatiques et des mots à la limite parfois du supportable ;
les publicitaires conçoivent des spots qui peuvent être volontairement empreints d’une grande bêtise dérangeante ou d’une exagération évidente destinées à nous agresser et donc à s’imposer de force pour s’incruster dans notre souvenir.
Personnellement j’ai préféré privilégier la légèreté et l’humour... certainement le reflet de la bonne humeur qui régnait dans notre service. Le rire pratiqué sans arrière-pensées - il ne s’agit pas de se moquer bien évidemment - est une chose saine qui réveille et qui détend. Et quand on est détendu on est de bonne humeur et du coup travaille avec plus de plaisir, donc mieux.
Couchons donc notre slogan sur une feuille et agrémentons-le d’un trait d’humour pour mieux attirer l’attention. Ecrivons le message à faire passer que nous appellerons la consigne et nous avons construit une affichette telle que j’en décorais régulièrement mon service à des moments stratégiques de l’année comme par exemple l’arrivée des vacances ou les fêtes de fin d’années !
Mes affichettes étaient placées à des endroits eux aussi stratégiques pour que le personnel passe régulièrement devant - et non pas dans les moments les plus stressants - pour qu’il ait le loisir de les regarder, de les lire, de les commenter... pour mieux les mémoriser. Je les plaçais donc dans chaque poste de soin et dans la salle de détente plutôt que sur un panneau d’affichage qui n’est pas forcément lu.
Le plus dur est de trouver toujours quelque chose de neuf à dire afin de ne pas retomber là aussi dans la routine.
Les vacances d’été sont souvent synonymes de beau temps,
de dilettantisme... c’est donc le moment de rappeler que pour le patient qui souffre, ce n’est pas le ciel bleu qui va le soulager.
Ces affichettes opposent beauté et douceur des vacances avec la réalité du service et appelle à conserver la même rigueur et la même vigilance même si, en regardant dehors par la fenêtre le soleil et en écoutant les oiseaux qui chantent, on s’imagine déjà au bord de la mer ou parcourant les chemins montagneux de grandes randonnées...
Le patient qui souffre a bien du mal, lui, à se l’imaginer... Bien entendu, il n’est pas question de reprocher à quiconque de penser aux vacances mais de rappeler que la réalité reste toujours présente à l’hôpital, dans les chambres et dans les blocs.
Certaines affichettes sont intemporelles. Elles sont
à utiliser dans le courant de l’année : elle sont toujours « vraies ». Pour lutter contre la douleur il faut l’évaluer. L’accent est mis sur la régularité nécessaire à cette évaluation.
Dans ces affichettes passe-partout, l’important est de changer régulièrement le visuel pour que le personnel s’attarde un peu devant, la commente, esquisse un sourire... pour que quelque part dans son cerveau se produise le petit déclic salutaire.
Enfin, tout comme les vacances, les fêtes, notamment les fêtes de fin d’année, sont des moment essentiels pour rappeler cette nécessaire évaluation systématique.
On le sait bien, il est de coutume de prendre de bonnes résolutions à chaque début d’année : cesser de fumer, faire un régime, arrêter l’apéro...
... pourquoi ne pas rajouter la bonne résolution de toujours bien évaluer la douleur chez nos patients ?
Ces affichettes ont été périodiquement posées dans le service à partir de l’été 2002.
J’ai régulièrement comparé le nombre de patients évalués par rapport au nombre de patients présents sur une période donnée. Ces contrôles ont d’abord concerné les patients communicants puis ont été étendus aux patients non communicants grâce à l’élaboration de notre échelle VI/CO/MO/RE.
Ce contrôle régulier a montré une augmentation significative du pourcentage de patients évalués au fil des ans pour passer de 65 % en 2002 à un résultat plus que satisfaisant de 98.13 % en 2005.
Je veux croire que ces affichettes y ont contribué. L’accueil sympathique qui leur a été fait y compris par des personnes extérieures au service et passé les premiers moments de surprise, montre que l’impact sur le personnel a été positif.
Ces petites affichettes ont fait partie, dans une certaine
mesure, du carburant qui a fait avancer le train de nos équipes sur la voie de la lutte contre la douleur.
J’espère qu’elles feront tâche d’huile et pourront servir d’exemple comme astuce pour motiver toujours plus les équipes de soignants de nos services.
Je propose ci après plusieurs documents :
Tout d’abord la présentation projetée lors de mon intervention avec le "prompteur" (texte intégral avec indication des clics de souris pour faire avancer l’animation)ainsi que l’article développant cette intervention (l’article de ce site) au format PDF
La présentation est au format OPEN OFFICE 2.0 et n’est pas compatible POWERPOINT. Pour installer la suite libre et gratuite d’OPEN OFFICE suivez ce lien
Enfin je joins en exemple, un certain nombre d’affichettes utilisables dans un service où la nécessité d’évaluer la douleur doit s’imposer.
Bonjour,
Nous organisons pour la première fois la journée nationale douleur au sein de notre établissement le 20 octobre pour le public , pourriez vous m’indiquer quelques supports que vous auriez déjà utilisés pour les journées des années précédentes ( affiches, stand, livret ...) Et surtout bravo pour votre créativité
Merci de votre visite... pour les affichettes, les dessins sont trouvés sur Internet ou dans les cliparts de la suite Office de Bilousoft... et l’affiche tout simplement faite sous Word... comme on peut aussi la faire sous Writer, l’équivalent de Word dans la suite bureautique libre et gratuite OpenOffice 2.0 ! Du coup mon budget est resté celui qu’il était à l’origine de ma démarche : égal à 0 ! ;-) Ma surveillante m’a quand même fourni en feuilles blanches A4 pour m’éviter de les acheter moi-même et sans doute pour compenser l’encre de l’imprimante de la maison :-)
Pour le reste, juste de l’imagination et le désir d’être utile au plus grand nombre sans doute ?
Vous vous trouvez un peu dans le même cas qui est exposé un peu plus loin dans ce forum->http://www.vicomore.com/spip/spip.php ?article13#forum95 (cliquer sur ce lien pour lire l’échange) ...
... je ne peux que vous répondre la même chose que j’ai répondue à l’époque, ne pas se décourager et continuer sur cette voie qui prend en compte avant tout l’intérêt du patient plutôt que l’immobilisme confortable dans lequel certaines personnes, hélas, ont l’habitude de "coconer" :)
Bonjour,
Il nous est impossible d’ouvrir les dix affichettes situées ci-dessus. Un message nous dit que le fichier est endommagé et ne peut etre réparé. Merci de nous donner la marche à suivre pour les obtenir.
Cordialement.
Equipe Douleur du GHSR.
Bonjour
Je n’ai aucun souci à le faire : ce sont des fichiers PDF qu’on peut ouvrir avec Adobe Acrobat Reader... c’est fourni avec plein de logiciels et gratuit sur l’Internet (en version lecteur seul) puisque c’est le "standard" du document électronique sur Internet...
Normalement il suffit de cliquer sur l’affichette pour qu’elle s’ouvre avec Acrobat Reader dans une fenêtre du navigateur... sinon, cliquez avec le bouton droit sur l’affichette et choisisser "enregistrez sous..." pour la mettre sur votre disque dur et l’ouvrir ensuite indépendamment du navigateur.
Je suis la coordinatrice de la cellule douleur du département ou je travaille et j’ai trouvé très chouette vos affichettes. J’ai la chance que l’institution ou je travaille ai déjà une grosse équipe de communication par le Réseau Douleur institutionnel mais les affiches émisent par leurs soins sont trop connues et convenues pour attirer réellement l’attention.
Je me suis largement inspiré des votre pour en créer d’autres et je vais les changer tous les deux mois pour éviter la routine et l’habitude.
merci pour le site, les idées et la possibilité d’utilisation.
Valérie
D’une façon générale, il est évident que vous pouvez réutiliser mes slogans, mes affichettes pour vos services... et bien entendu en imaginer d’autres ;-)
Il vous suffit d’imprimer les fichiers PDF situés à la fin de l’article... ils sont là pour ça. Si vous avez des difficultés pour le faire, n’hésitez pas à me le signaler... le forum est entre autres choses fait pour cela.
l’idée des affichettes est excellente ! je suis ide aux consultations de la douleur je souhaiterai les recevoir afin de m’en inspirer et faire évoluer la prise en charge de la douleur au sein du GHSR.
Merci de me les faire parvenir à l’adresse suivante : CONSULTATION DOULEUR GROUPE HOSPITALIER SUD REUNION BP 350 97448 SAINT PIERRE CEDEX
Bonjour,
IDE correspondant douleur depuis un peu plus d’un an maintenant,je souhaitai agir de façon concrète au sein de mon équipe.L’idée de créer des affichettes pour toujours rester vigilant face à la douleur m’a totalement séduite.
Est-il possible de reprendre certains de vos slogans pour que je puisse à mon tour améliorer la prise en charge de la douleur dans le service dans lequel je travaille ?
Poursuivez-vous vos actions contre la douleur dans votre nouvel hôpital ?
Merci pour votre site.
r0mane
Bonjour et merci de votre visite.
Bien évidemment vous pouvez les reprendre, ils sont là pour ça et pour en inspirer d’autres.
Je viens juste de changer de service et d’intégrer la Réanimation Médicale de Pellegrin-Bordeaux. Je vais étudier la question, mais il est certain que mes motivations n’ayant pas baissées, cela ne saurait tarder :-)
Françoise
Bonjour,je suis infirmière ressource douleur et accompagnement.J’ai pris connaissance de votre campagne d’affichage et elle m’a emballé. j’ai donc décidé de faire de même au sein de mon établissement ; effectivement les premières affiches furent accueillies avec surprise voir même quelques remarques (tu t’amuses bien....tu n’as rien d’autre à faire...)puis peu à peu à chaque changement on me demandait : quel est le nouveau slogan,il est chouette !!!
vive fut donc ma déception lorsque j’ai appris récemment que les responsables des différents services, pourtant au courant de cette campagne de sensibiisation à la lutte contre la douleur, trouvaient cela enfantin ! Difficile d’avoir l’impression d’être don quichotte ....heureusement que les affiches ne sont pas le travail du CLUD mais un travail du CLUD ; les référents douleur formés au sein de l’établissement par un algologue et moi sont pourtant ravis de participer à cette campagne en s’impliquant et en trouvant des slogans( en plus de leurs actions au sein même des services de soins...) .Avez vous été confronté à cela ? MERCI,et dans l’attente de votre réponse Delphine
Bonjour, Tout d’abord Excuse moi de ma réponse tardive.
Mes affichettes ont dès le début été bien accueillies, elles ont surpris, amusé... (c’est ce qui a selon moi aidé à leur bonne acceptation). À noter que dans mon service, IDE, AS, cadre et médecins avaient un esprit très professionnel mais également très ouvert. Cet accueil a aussi été très bon du côté de l’UA douleur.
Ne te décourage pas. Je pense que la surprise passée, les responsables critiquant s’y feront, surtout si tu obtiens un bon accueil du personnel soignant et des résultats dans ta sensibilisation sur la lutte contre la douleur. Un bon point déjà car ils donnent déjà un avis, ce qui prouve que tu les as déjà interpellés… rien de pire que l’indifférence !
Essaye d’analyser et de prendre en compte les critiques émises sans te braquer pour adapter tes affichettes selon la sensibilité particulière « les lieux »… qui n’est pas partout la même. N’hésite pas, si tu as besoin de conseil ou autre, à passer par le forum et je te donnerais par message privé le moyen de me joindre pour discuter de vive voix. :)