La politique de prise en charge de la douleur au sein des hôpitaux a permis au comité de lutte contre la douleur (CLUD) de Bicêtre [1] de créer le rôle de « référent douleur » au sein de ses différents services.
Ceux-ci sont des infirmiers ou des cadres de soins. Leur engagement par volontariat est au moins de deux ans. Ils travaillent avec l’aide d’un médecin du service également « référent ».
Le CLUD a voulu qu’ils soient les intermédiaires entre lui et les différentes unités de soins. Leur responsabilité est de mettre en œuvre les actions de prise en charge et/ou de lutte contre la douleur en s’inscrivant dans une démarche d’évaluation et d’amélioration permanente de celle-ci.
Pour remplir sa tache, le référent va revêtir tour à tour différents habits :
celui du chasseur qui va débusquer l’information (Internet est un très bon terrain de chasse), traquer les renseignements (la pharmacie est une mine de renseigne-ment sur les consommations des antalgiques),
celui du héraut qui va proclamer les résultats obtenus et relancer l’intérêt de tous et de chacun,
celui du clerc élaborant modes d’emploi et consignes destinés à faciliter l’évaluation de la douleur,
enfin celui du guerrier luttant sans répit contre ses plus farouches ennemis : l’indifférence et la routine.
Infirmière en réanimation médicale dans le service du professeur Richard jusqu’à 2005, j’ai assumé le rôle de référente douleur pendant 5 ans. J’ai accepté cette responsabilité afin de concrétiser la réflexion de groupe que nous avions entamée sur la prise en charge de la douleur dans notre service.
Ma quête :
Faire de l’évaluation de la douleur un critère de surveillance au même titre que tous les autres.
Mes compagnons : David, un autre référent douleur, médecin du service, d’autres soi-gnants intervenant selon leur compétence et leur disponibilité... et bien entendu l’Unité Ambulatoire Douleur de l’établissement.
Mes armes :
Elles sont doubles :
tout d’abord mes affichettes colorées agrémentées de dessins amusants et de slogans simples à retenir et placardées régulièrement partout dans le service ; leur but : sensibiliser et rappeler sans cesse la nécessité d’évaluer la douleur ;
ensuite une analyse régulière des feuilles de surveillance journalière et du dossier de soins ; un compte-rendu évaluant notre progression dans notre lutte permanente contre la douleur est systématiquement affiché dans le service pour l’information de tous.
Mes récompenses : Si tout ce travail me demande beaucoup de temps et de disponibilité, l’aide et l’écoute de l’équipe, l’amélioration des performances du service dans cette lutte incessante contre la douleur, sont mes plus grandes récompenses. L’enrichissement personnel par la rencontre d’intervenants, l’échange avec des interlocuteurs compétents sont les trésors que je ramasse en cours de chemin.
Nos victoires :
Outre l’évaluation maintenant systématique de la douleur
pour tous nos patients, nous avons réalisé des panneaux pour la « journée douleur » de l’hôpital, amélioré la feuille de surveillance journalière, élaboré une échelle d’évaluation comportementale de la douleur chez la personne non communicante (échelle VI/CO/MO/RE).
Au-delà de ces signes concrets, l’investissement de toute une équipe a permis un changement de regard et de comportement dans la prise en charge de la douleur. C’est le grand défi du référent que de faire grandir cette valeur que chaque soignant possède : l’humanité dans les soins.
La sensibilité et la mobilisation de tous au sein de notre service ont permis de perfectionner notre prise en charge de la douleur et en particulier chez le patient non communicant. Nous démontrons ainsi que le personnel soignant n’est pas un personnel désabusé mais bien au contraire un personnel engagé inscrit dans une recherche de progression quant aux soins dispensés aux patients.
Nous avons forgé nos premières armes et livré nos premiers combats contre la douleur.
L’aventure ne fait que commencer.
Références :
Echelle douleur et inconfort du nouveau-né (EDIN)
« La douleur en réanimation : Pourquoi l’évaluer ? Comment l’évaluer ? Jean François Payen et al, 2001
Crédit photo : F. Charrazac
Illustration par affichettes réalisées par F. Charrazac
[1] voir document ci-contre